« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres », écrivait Gramsci...

Sidéré, incrédule. Tel est mon état en ce petit matin d'un mercredi pluvieux et grisâtre de novembre 2016. Et pourtant, j'aurais du m'y attendre. Comme ce 16 mai 2007 lorsque l'annonce de l'élection de Sarkozy tombe, comme plus récemment le Brexit anglais, comme l'élection d'Orban en Hongrie en 2010 ou celle d'Erdogan en Turquie ou la montée inéluctable des partis d'extrême droite un peu partout dans le monde ou encore... ou encore... Les signes sont pourtant là, bien visibles pour qui est vigilant : la majorité silencieuse, débarrassée de ses culpabilités, décomplexée, telle un anarchiste fou, avait donné de la voix et avait porté au pouvoir le populiste démagogue local. Pas forcément parce qu'elle croyait aux promesses d'un bateleur vociférant et tonitruant, mais par colère, dépit et vengeance, pour détruire le mal par le mal. A contrario de l'habitude qui veut qu'on élise le moins pire, elle a choisit d'élire le plus pire, histoire de voir ce que ça va donner. Même pas peur. Plus rien à perdre.

Le pire, c'est que les promesses électoralistes de ces petits dictateurs en puissance ne tiendront que le temps de l'élection. Bien qu'on ne puisse traiter de dictateur Mitterrand (encore qu'il avait introduit la notion de “Coup d'état permanent”), par exemple ses promesses de lendemains qui chantent d'une gauche triomphante n'ont duré que le temps de se confronter à la “real politic”. Sans vouloir trop faire de parallèle, on va probablement bien rire (jaune !?) lorsque le chien fou Trump va se cogner durement à la réalité des choses de la gouvernance d'un pays, de sa complexité, de ses compromis et de ses contradictions. À part s'il veut détruire complètement le pays... Qui va gagner de “l'establishment” ou de la révolte ? « C'est une révolte ? - Non Sire, c'est une révolution ». À quoi va mener tout ça, ce mouvement de fond mondial qui veut bousculer, voire éradiquer le système qu'il juge pourri ? Le pire de tout, c'est que nous aussi sommes convaincus qu'en effet le système est pourri (au moins une bonne partie) et, qu'au fond, spectateurs lâches, la conscience pas tranquille mais avec une délectation et une curiosité malsaine, trouvons que nos efforts permanents et vains pour le changer sont trop longs et n'amènent à rien et que, parfois, ne nous demandons-nous pas si un bon coup de balai pourrait être efficace même s'il faut manger avec le Diable...

On dira ce qu'on voudra mais le fait est, et il est cinglant, que la démocratie a joué ici à plein son rôle et montre ses limites : “demos” : le peuple ; “kratein” : commander. Le pouvoir du, par le peuple. Le problème est que les athéniens présupposaient que le peuple, les citoyens étaient éclairés et responsables. Aujourd'hui, le peuple, ici la fameuse majorité silencieuse et hargneuse réagit affectivement et non logiquement en ouvrant la boite de Pandore du populisme et de la démagogie. Cette dérive est elle un passage obligé de maturation de la Démocratie ? Accessoirement, on remarquera que dans les pays démocratiques, même si ça donne des résultats bizarres, cette révolte se fait dans les urnes et non dans le sang...