À propos de l'article du Monde du 09/03/12 « Le roman de la gifle »

Rendre un enfant responsable de ses actes. Voilà la question posée qui soulève le problème des causes et des effets (celui éducationnel des parents et celui social des actes des enfants). Car il est éminemment question d'éducation ici. Expliquer avec amour à un gamin de 6 ans que des actes ont des conséquences prend du temps et des efforts. C'est l'éducation « préventive » que peu de sociétés privilégient. Elles préfèrent la sanction punitive. Elles infligent des amendes aux adultes et traînent en prison les plus récalcitrants. Elles giflent leurs enfants après leurs infractions (difficile d'infliger une amende à un gamin). C'est l'éducation « réparatrice » que préfère la majorité des sociétés. Ça coûte moins cher.

La pratique c'est de claquer un gamin qui a fait une bêtise. Sanction immédiate à défaut d'être pédagogique. Mais c'est la moins pire, à moins d'ignorer, ce qui est particulièrement destructeur. On en arrive à la baffe pédagogique et affectueuse qui a pour but de créer (comme l'application d'une condamnation judiciaire) un électrochoc salutaire chez l'impétrant.
La question reste : doit on ignorer les infractions de nos gamins et les laisser impunies en attendant cette société idéale dans laquelle les parents, éducateurs en diable, favoriseraient une éducation préventive à une réparatrice ? Une société dans laquelle les parents auraient le temps, l'énergie et la culture de s'occuper de leurs enfants... Et quel genre de punition donner en cas de transgression ? Priver de sortie, de dessert, d'argent de poche, de télé, de jeux vidéos ? Pourquoi pas. C'est appliquer aux enfants une justice de type adulte : on prive le « délinquant » de quelque chose, une des pires sanction étant la privation de liberté. Faut il encore que l'enfant accepte la punition, l'interprète correctement et que cette dernière soit justifiée. Mais c'est du boulot ça Madame !

C'est ici que se positionnent les parangons de l'éducation non violente, dont on voit bien les effets catastrophiques chez les américains avec leur précepte de « l'enfant roi » qui sont d'ailleurs en admiration devant notre système et qui me font bien rire (jaune). Ils sont bien plus dangereux que les administrateurs de baffes. Ce sont eux qui placent les parents dans une position intenable où ils n'osent plus claquer leurs mômes et où ils n'ont pas le temps de s'occuper d'eux efficacement. Ils se reposent alors sur les éducateurs institutionnels (maîtres, professeurs et autres divers intervenants genre psychologues de tous poils et police) en se permettant de leur imposer ce qu'ils ne savent et ne peuvent faire eux même. Éducateurs placés eux même dans la même situation puisque chaque sanction est jugée et judiciarisée par des parents sourcilleux à défaut d'être compétents.
On a ici une situation particulièrement ubuesque où des gens qui ne s'occupent pas de leurs enfants, ne sont pas synchrones avec les éducateurs, osent leur imposer leur manière de voir. À terme, pourquoi pas, on aurait une école publique dans laquelle les maîtres suggèreraient à chaque enfant une éducation particulière, une charte personnelle indiquée par des parents déléguant leurs devoirs. Le dessin évoqué dans l'article du Monde est particulièrement juste et significatif (1969, une institutrice droite et sévère, en chignon, regarde deux parents furieux lancer à leur fils honteux : "C'est quoi ces notes ?" 2009 : devant un gamin hilare, les mêmes parents furieux s'en prennent à l'enseignante tremblante de peur : "C'est quoi ces notes ??"). Du coup, devant cet autoritarisme malsain (et typiquement français d'ailleurs), on ne trouve plus de maîtres/professeurs, de maires, d'infirmières, de pompiers, etc. étant donné que chaque dérapage (même minime) est immédiatement sanctionné par l'ire judiciaire de « citoyens » soit disant lésés. On peut aussi y voir une basse vengeance desdits citoyens contre un état lui aussi démissionnaire et indifférent et se portant sur ses modestes serviteurs. Mais ceci est un autre problème même si inclus dans une vaste question sociétale.

À coté de la gifle exceptionnelle, il y a l'éducation “à la claque” (coups, coups de ceinture ou du fameux martinet et autres objets contondants) qui s'approche dangereusement de la maltraitance et qui sanctionne physiquement la moindre incartade. Celle ci est déstabilisante pour l'enfant, voire destructrice et ses effets néfastes sont bien connus. Elle est bien sûr fortement déconseillée, voire interdite et à raison. Il y a des lois pour cela et nul n'est besoin d'en sur rajouter d'autres.
La violence faite aux enfants est un vrai problème qui n'a rien à voir avec la claque pédagogique exceptionnelle et qui relève, là, de toute l'attention de la justice et de son action. C'est ici que les tenants de l'éducation non violente sont dangereux puisqu'ils associent cette “giroflée à cinq feuilles” (comme disait mon grand-père qui ne s'est pas privé de m'en infliger) (probablement à raison puisque je ne lui en ai jamais voulu) (les enfants savent parfaitement reconnaître le juste de l'injuste et l'affection de l'indifférence) aux mauvais traitements de parents indignes. On est bien ici dans une société impuissante, inquiète et repliée sur elle même qui légifère à tour de bras pour la moindre action, en redondance totale avec des lois déjà existantes qu'elle dévalorise de ce fait. Sous prétexte de protéger les enfants maltraités qui sont loin d'être la majorité heureusement, ils généralisent le particulier au plus grand nombre, tentant d'imposer leur autoritarisme suspect à des parents désorientés. Ils usurpent le rôle des éducateurs habituels pour instaurer une morale qui ressemble fortement à un fascisme, s'insinuent dans la vie privée des gens. À l'État qui a démissionné depuis longtemps et qui transfère ses compétences au privé, ils tentent d'investir un créneau porteur et probablement rentable. Toujours se méfier des moralistes.

Pour terminer, il est évident que la gifle n'a rien d'obligatoire et qu'une éducation bien pensée ou un caractère d'enfant particulièrement réfléchi s'en passe tout à fait.

Mais : Une bonne claque vaut mieux que deux tu l'auras.