J'ai toujours, et récemment à plus forte raison, été intéressé par la valeur de l'exemple. L'exemple comme émulation pédagogique s'entend. Il est une responsabilité parce que, volontaire ou non d'ailleurs, il est le message que nous envoyons aux autres à propos de la morale en l'occurrence. Ils l'acceptent ou non, en fonction de l'autorité que représente l'émetteur ou/et de son histoire. L'exemple est aussi un modèle pour qui n'y a pas réfléchi ou pris conscience.

Le gouvernement précédent (Sarkozy) a démontré par la négative la valeur de l'exemple et en a fait prendre conscience des effets dévastateurs sur certains esprits. Le maître mot de cette entreprise est « décomplexé ». La mauvaise conscience de certains s'est affranchie des tabous et interdits en lâchant toutes les vannes de la morale. Depuis les plus hautes sphères du pouvoir, le Président de la République en premier lieu, la décomplexion s'est déversée comme un torrent sur la population dont certains n'en demandaient pas tant, relayée par opportunisme par les vautours de la démagogie. Par décomplexion, j'entends le fait d'être décomplexé. Je n'ai pas trouvé de meilleure expression pour écrire cette attitude qui consiste à porter haut et fort des attitudes ou des sentiments plus ou moins honteux qui auparavant restaient cachés, comprimés, même implicitement règlementés.

Lorsqu'un élu du plus haut niveau parle de “karchériser la racaille” à des populations inquiètes et apeurées, lorsque ce même élu montre famille heureuse et unie et richesse devant un pays exsangue, apostrophe avec “casse toi pauv' con” un contradicteur, affiche ses accointances avec les plus riches alors même que le chômage gangrène la société, fait preuve de sa veulerie face aux “grands de ce monde” même si déconsidérés ou conspués, a des familiarités intempestives pour prouver une connivence imaginaire, alors beaucoup se demandent pourquoi ils n'en feraient pas autant à leur niveau. Être de droite ou d'extrême droite n'est plus une tare mais presque une gloire et les pires valeurs de ces partis se montrent au grand jour et sont accaparées par des aventuriers qui n'attendaient que ce blanc seing pour commettre leurs méfaits. La cupidité, tare originelle de l'homme, devient presque une qualité, copiant en cela les dérives catastrophiques anglo-saxonnes. Toutes les valeurs humanistes que défendent et tentent d'inculquer aux peuples depuis des siècles les éducateurs, certains grands esprits et les penseurs sont balayées d'un coup de “karcher” cynique.

La décomplexion devient un mode de pensée, une façon de vivre quand elle favorise les intérêts de chacun. Le social est éliminé au profit du personnel.