Je suis seul. J'ai froid. Zita n'est plus là pour me réchauffer de sa chaleureuse présence. Elle n'est plus là pour me dispenser ses petites attentions, comme autant de caresses affectueuses discrètes. L'appartement résonne de craquements qui ne sont pas d'elle mais des meubles seuls, devenus inquiétants, gardiens figés et bavards, mémoires inanimées d'une vie à jamais arrêtée, d'un ouvrage à jamais suspendu. Les pièces sont devenues immenses et inutiles, n'abritant plus qu'une peine inextinguible et désemparée. Je circule telle une ombre dans cet espace glacial, dérangeant de mon passage des souvenirs flottant dans mon esprit, telles des fumerolles bousculées par des mouvements désordonnés et vains. J'erre sans but parmi les objets à la fois familiers et ennemis, témoins impavides d'un bonheur détruit. Je répète obstinément des gestes insensés, obscènes parce que prosaïques. Et pourtant, Zita est là, assemblage hétéroclite de détails matériels, comme une image incomplète à la quelle il manquerait le souffle de la vie. Et j'essaie désespérément de m'agripper à ces morceaux, de ramasser les débris épars pour reconstituer un portrait, seulement une représentation, de ce qui fut un esprit, un corps, mon épouse, riche de tout ce qui faisait que j'avais appris à l'aimer... Je ne peux la laisser partir, s'éloignant inexorablement dans les brumes du temps, effaçant à jamais ses traces, indifférente à mes pleurs et à mes implorations. Je sais bien qu'elle m'a lâché la main, me laissant hagard, décontenancé et les yeux embués, nu et frissonnant. Pourrais-je jamais admettre cette réalité brutale et inacceptable ? Le voudrais-je seulement ?

Je suis seul. J'ai froid.